D'un organe de contrôle colonial à une institution nationale souveraine — plus d'un siècle de régulation médicale au service de la profession et des patients tunisiens.
Le premier texte encadrant l'exercice de la médecine en Tunisie date de 1888. L'Ordre des médecins est créé en 1941 par un décret beylical, sur le modèle français, afin de surveiller l'exercice de la profession et d'en maintenir la discipline — mais il reste sous tutelle de l'administration coloniale.
Le conseil est nommé par le Résident général, compte douze membres et interdit les associations syndicales. Des modifications successives introduisent des membres suppléants, tandis qu'un arrêté de 1941 restreint l'accès aux médecins de confession juive et impose une déclaration d'ascendance.
L'Ordre est supprimé en 1943 puis rétabli en 1944 avec des élections élargies mais une présidence encore réservée aux Français.
La Tunisie obtient l'indépendance en 1956 et la république est proclamée en juillet. La loi du 15 mars 1958 remplace les textes coloniaux : elle réserve l'exercice de la médecine aux médecins tunisiens (sauf autorisation provisoire pour les étrangers) et impose l'inscription au tableau de l'Ordre.
Le départ massif de médecins français réduit drastiquement les effectifs disponibles. En 1959, un premier conseil national élu prend en charge la défense morale et matérielle de la profession, tandis que le syndicat tunisien créé en 1952 cesse ses activités.
Le premier code de déontologie tunisien est promulgué en 1973. En 1974, des jeunes médecins fondent l'Association générale des médecins de Tunisie (AGMT) pour dénoncer le conservatisme de l'Ordre et promouvoir la formation continue.
La seconde moitié des années 1970 voit la création d'une coopérative pour la construction du siège de l'Ordre et l'apparition de syndicats pour les médecins hospitaliers. En 1982, un syndicat des médecins libéraux reprend la défense des intérêts matériels des praticiens, tandis que des protestations fiscales éclatent en 1985.
Au début des années 1990, l'Ordre participe activement aux réformes de la législation médicale. La loi de 1991 clarifie les conditions d'exercice et redéfinit l'organisation de l'Ordre. Un décret de février 1992 institue le Conseil national de l'Ordre et précise les modalités électorales.
Une nouvelle version du code de déontologie médicale est adoptée en 1993 et un comité national d'éthique voit le jour en 1994. Au début des années 2000, l'Ordre contribue à la réforme de l'assurance maladie et à la création de nouveaux conseils régionaux.
Une scission au sein des syndicats libéraux en 2006 illustre les tensions persistantes entre généralistes et spécialistes.
Cette période marque une accélération des réformes législatives pour adapter le cadre juridique de la médecine tunisienne aux défis contemporains : numérique, droits des patients et responsabilité médicale.
La loi n° 2018-43 du 11 juillet 2018 vient compléter la loi n° 91-21 de 1991 en introduisant un cadre légal pour la télémédecine, permettant aux médecins d'exercer à distance via les technologies de l'information et de la communication, avec le consentement éclairé du patient.
La loi n° 2024-32 du 19 juin 2024 marque une avancée majeure en consacrant les droits des bénéficiaires des services de santé et en définissant le régime de la responsabilité médicale, renforçant ainsi la protection juridique des patients comme des professionnels de santé.
Aujourd'hui, le Conseil National de l'Ordre des Médecins de Tunisie incarne cette continuité historique, veillant à préserver les valeurs fondamentales de la profession médicale tout en s'adaptant aux défis contemporains : numérique, télémédecine, couverture médicale universelle et éthique biomédicale.